Votre menu est le seul document que votre client lit pendant qu’il parle à quelqu’un d’autre.
Vous l’avez approuvé à l’écran, seul, dans le silence. Il sera lu à table, par quatre personnes qui discutent, qui se consultent, qui demandent conseil au serveur et qui doivent finir par nommer quelque chose à voix haute. Ce n’est pas la même épreuve.
Trois choses doivent pouvoir se faire à voix haute
Un menu n’est pas lu comme un dépliant ou une affiche. Il est lu dans une conversation, et cette conversation impose trois opérations que personne ne prévoit à la conception.
Nommer. À un moment, votre client devra dire ce qu’il veut. S’il n’arrive pas à prononcer le nom du plat, ou s’il n’est pas certain de le prononcer correctement, il fera ce que tout le monde fait dans cette situation : il décrira le plat approximativement, ou il choisira autre chose. Un nom difficile n’est pas un problème de goût, c’est un frein à la commande.
Retrouver. Une personne dit à une autre « regarde, celui-là, avec le poulet ». L’autre doit le retrouver sur sa propre copie, en quelques secondes. Si les plats se ressemblent visuellement, ce petit échange échoue et il se répète.
Pointer. Quand tout le reste échoue, le client pointe du doigt. Cela suppose que les plats soient assez espacés pour qu’un doigt en désigne un seul sans ambiguïté.
Ces trois opérations se testent en dix minutes, en lisant votre menu à voix haute avec quelqu’un. Presque personne ne le fait.
La lisibilité d’un menu n’est pas une question de taille de police
Une poignée est ce qui permet de désigner un plat sans le décrire. Un nom court et distinct suffit la plupart du temps. Quand les noms sont longs ou proches les uns des autres, un numéro fait le travail. L’erreur courante est de numéroter par habitude plutôt que par besoin, ou de ne pas numéroter alors que les serveurs passent leur journée à demander des précisions.
Sur beaucoup de menus, chaque plat est un bloc identique au précédent : un nom en gras, une description en petit, un prix à droite. Le regard glisse et ne s’accroche nulle part. Une variation contrôlée, ne serait-ce que dans la longueur des descriptions, donne au regard des points d’appui pour se repérer.
Un menu serré en gros caractères se lit moins bien qu’un menu aéré en caractères moyens, parce que le problème n’est pas de voir les mots mais de séparer les plats. C’est l’espace qui fait la séparation.
Aucun de ces trois points ne relève du goût. Ils découlent tous de la même chose : le menu est lu par quelqu’un dont l’attention est partagée avec une conversation.
Combien de temps ce menu doit-il durer
C’est la première question que nous posons, et elle décide de presque tout le reste.
Un restaurant dont la carte bouge peu et dont les prix tiennent une année complète peut se permettre un support durable et une production plus soignée. Un restaurant qui ajuste ses plats selon les arrivages, ou dont les prix bougent plusieurs fois par année, a besoin de l’inverse : un document qu’on remplace sans y penser, parce qu’un menu trop précieux pour être réimprimé finit toujours corrigé à la main.
Entre les deux, il existe une solution que les restaurateurs adoptent rarement d’eux-mêmes : séparer physiquement ce qui bouge de ce qui ne bouge pas. Le corps du menu, celui qui porte votre identité et vos plats permanents, dure. Ce qui change, soit les plats du moment et les suggestions, vit sur un feuillet ou un encart produit à part.
Cette séparation coûte moins cher qu’une réimpression complète, et elle vous évite d’avoir à choisir entre un prix raturé et un menu périmé.
Ce que les restaurants d’ici nous demandent
La Prairie a la particularité d’avoir un noyau ancien où l’on vient s’attabler, et un tissu résidentiel et commercial autour où l’on mange plutôt en semaine, vite, entre deux choses. Les deux publics ne lisent pas de la même façon, et beaucoup de restaurants d’ici servent les deux.
C’est la demande la plus fréquente que nous recevons pour ce secteur : un restaurant qui fonctionne bien le soir et qui constate que son menu ne fonctionne pas le midi, ou l’inverse. Le réflexe est de raccourcir le menu du midi. La vraie question est plutôt de savoir si un client du midi, qui décide en moins d’une minute, peut trouver ce qu’il cherche sans lire l’ensemble.
La seconde demande vient des restaurants qui ont modifié leur carte plusieurs fois sans refaire le menu, et dont le document porte maintenant les traces de ces changements : des sections déséquilibrées, des plats ajoutés là où il restait de la place, un prix qui ne cadre plus avec la colonne.
Nous commençons par écouter votre salle
Avant de dessiner, nous demandons trois choses : votre menu actuel, la liste des questions que vos serveurs entendent le plus souvent, et ce que vous avez changé depuis la dernière impression.
Les questions des serveurs sont la donnée la plus utile et la plus négligée. Chaque question répétée signale un endroit précis où le document n’a pas fait son travail. Si on vous demande constamment ce qu’il y a dans un plat, sa description est mal placée ou trop discrète. Si on vous demande la différence entre deux plats, ils se ressemblent trop sur la page.
Ce que nous livrons est un menu conçu pour votre salle, avec les fichiers nécessaires à sa réimpression, et la séparation entre la partie durable et la partie qui change si votre carte le demande.
Et nous vous demandons de le lire à voix haute avant de l’approuver.
Menu de restaurant à La Prairie
+ Faut-il numéroter les plats ?
C’est utile quand les noms de plats sont longs, peu familiers ou proches les uns des autres, et inutile quand ils sont courts et distincts. Le numéro n’est pas là pour faire joli, il sert de poignée : il permet à un client de désigner un plat sans avoir à le prononcer. Si vos serveurs entendent souvent des descriptions approximatives plutôt que des noms, c’est le signe qu’une poignée manque.
+ Combien de plats faut-il mettre sur un menu ?
La bonne mesure n’est pas un nombre mais un temps. Un client doit pouvoir survoler une section et arrêter son choix sans relire. Quand une section devient si longue qu’il faut revenir au début pour comparer, elle est trop longue, et c’est là que les clients se rabattent sur ce qu’ils connaissent déjà plutôt que d’essayer autre chose.
+ Le menu doit-il être plastifié ?
Cela dépend de la fréquence à laquelle vous changez vos prix et vos plats. Un support durable coûte plus cher à produire et décourage les modifications, ce qui pousse à corriger un prix au stylo. Un support léger se remplace sans hésiter. Nous posons donc la question de la durée de vie avant celle du matériau, parce que c’est elle qui tranche.
+ Faut-il un menu différent pour le midi et le soir ?
Si les deux services n’ont ni la même clientèle ni le même rythme, oui. Un client du midi lit debout ou en vitesse et cherche à décider en moins d’une minute. Un client du soir lit assis, à deux ou à quatre, et prend son temps. Deux situations de lecture aussi différentes se servent mal avec un seul document.
+ Où mettre les prix ?
Près du plat qu’ils concernent, sans ligne de points qui traverse la page. Une colonne de prix alignée à droite invite à comparer les prix entre eux plutôt qu’à lire les plats, et un client qui compare des prix ne lit plus votre menu, il lit une liste de chiffres.
+ Faut-il indiquer les allergènes sur le menu ?
C’est une question à poser à votre conseiller, pas à votre graphiste, parce que les obligations en la matière ne relèvent pas de la conception. Ce que nous pouvons dire du côté du document est plus modeste : si vous décidez d’inscrire ce type d’information, elle doit avoir une place stable et prévisible, la même à chaque plat, plutôt que d’apparaître au cas par cas.
Parlons de votre menu à La Prairie
Apportez votre menu actuel et dites-nous les trois questions que vos serveurs entendent le plus souvent. C’est le point de départ le plus utile qui soit.
